Saint bazile de Meyssac

Canton de Meyssac, arrondissement de Brive, ancien archiprêtré de Brivezac.

Au pied d'un versant considérable, jadis tout planté de vignes estimées et qui pendant la Terreur valut à cette paroisse le nom absurde de Côte-Montagnarde, se trouvait en 893 un oratoire devenu église et ici encore consacré au martyr nimois saint Baudile. Le mois de mars de l'année susdite, un nommé Eldoard, avec sa femme Ingalsinde, céda à l'abbaye de Beaulieu au village appelé: A l'oratoire de Saint BAUDILE l'église elle-même telle qu'elle était construite en l'honneur de saint BaudiIe, in honorem S. Baudilii et la vigne, les prés, les terres qui appartenaient à cette église."Il ajoutait même à la donation une autre vigne confrontant d'une part au chemin public, de l'autre à la terre de saint Baudile, et d'un troisième côté à sa propre vigne, à lui Eldoard, D'où la dépendance de la cure de a Saint-Baudille, par rapport au monastère de Beaulieu, énoncée en 1727 par le prieur Amand Vaslet dans son abrégé de l'histoire de cette abbaye.

La dépendance ne se maintint pas, mais ce qui se maintenait encore, comme on voit, après huit à neuf siècles, c'étaient à la fois, sinon le patron, du moins le nom et le titulaire: Sen Buuvire dans la langue populaire, saint Bauzile ou Bauzire dans le français, au canton de Meyssac comme à celui de la Roche. Dans ce dernier l'on n'a changé que le vocable, mais au canton de Meyssac on a changé le tituIaire avec le ntom lui-même, vers la fin du XVIII siècle, l époquc bien connue des bonnes règles religieuses. C'est pourquoi vous trouverez au Pouillé de Nadaud (1776 environ): "S.Bazile"(honorant) S. BasiIe dc Césaré et Saint Eloi et à l'indicateur du Diocèse de Limoges en 1788: "St Bazile"tout court mais précédé du signe des cures appartenant à l'ordre de Malte, ce qui était devenu en effet le cas de la paroisse dont nous nous occupons.

Elle fut soumise à Maumont en 1326 dit Nadaud. Alors elle devait encore dépendre de Beaulieu, car Momont ou Monmont, comme on l'appelle aujourd'hui, relevait de l'abbaye de cette ville; mais en 1591 et 1610 le commandeur de Bellechassagne y nomma, et en 1699,1760 ce fut"1e grand-prieur d Auvergne", c'est-à-dire le même dignitaire, car le grand-prieur d'Auvergne et le commandeur de Bellechassagne à ces dernières dates n'ont fait qu'un. En vertu de quel fait précis avait eu lieu ce changement de dépendance ? je l'ignore; mais à la suite de quel état de choses ? le voici: Saint-Basile avait un membre de commanderie maltaise, de la dépendance de Bellechassagne, situé au bourg même et dont on ignore l'origne. M.Vayssière consacre à ce bénéfice les lignes suivantes dans son ouvrage: 1'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem en Limousin: Le chef-lieu de ce membre était le bourg de Saint-Bazile-de-Meyssac. L'ordre de Malte possédait là une église paroissiale qui était dédiée à saint Jean-Baptiste et à saint Eloi et dont le commandeur de BeIlechasssgne avait la collation. Les visiteurs de 1617 constatèrent que la voûte de cette église avait été a ruinée par les guerres passées. Le curé ou vicaire perpétuel chargé de la desservir, recevait une pension de quarante quartes de seigle et de deux bastes de vin; il jouissait d'une vigne et de quelques autres immeubles.

Le commandeur percevait la dîme des grains sur toute l'étendue de la paroisse; il avait la justice haute, moyenne et basse et levait des rentes sur presque tous les villages qui sont aujourd'hui compris dans les communes de Saint bazile et de Meyssac.

Bellefage, ou Belafach, noms sous lesquels ce membre est parfois désigné, ne figure plus sur les cartes.

J'ajouterai deux choses: 1° Que le membre de Saint-Bauzire fut en 1727 sous-affermé 700 livres; 2° qu'il existait au plus tard dans le XV siècle et au bourg même comme il vient d'être dit. car en 1468 reconnaissance fut faite au commandeur pour une maison et un jardin confrontant au cimetière et à l'hôpital dudit lieu, en même temps qu'au chemin de Meyssac.

Le chemin de Meyssac peut encore exister, mais le reste a bien disparu: hôpital, cimetière, église même; et le petit ruisseau dont nous parle comme avoisinant l'église une charte de 984, n'arrose plus qu'un vieux bourg dépossédé. La maison de Dieu est allée porter ses formes néo-romanes au village de Longueville, et c'est ce village qui est devenu le bourg. On y a béni l'église en l'honneur de saint Basile le 17 octobre 1875. - Architecte du plan: M. Hulot.

L'ancienne était flanquée de deux chapelles: l'une au midi, de Notre-Dame, l'autre au nord, de saint Géraud. La raison de ce 2è patronage était la réparation qu'avait faite de la chapelle du nord, il y a un demi-siècle, M. Gérald Borie, mort curé de Troche et enfant de la paroisse. Celle-ci devait être l'ancienne chapelle du seigneur justicier de l'endroit; l'autre, où s'étaient peu à peu établis les seigneurs de Flaumont (voisinage, mais paroisse de LAGLEYGEOLLE), avait été dédiée à saint Blaise. Un prêtre de Saint-Bauzile, Jean Brunie, en fit refaire l'autel l'an 1432. Il y fonda même une vicairie, du patronat au XVIIIe siècle des Escure, alliés aux Brunie; il lui donna un calice d'argent, des ornements, et des vêtements sacerdotaux. Mais le culte de saint Blaise a disparu de longue date et celui de saint Géraud l'a suivi promptement dans le même oubli.

La principale fête célébrée depuis une soixantaine d'années à Saint- Basile est celle de la Nativité de la Sainte Vierge, chômée là comme l'est au Puy-d'Arnac celle de saint Pierre de Vérone et pour une raison de même genre. La paroisse, lassée des fléaux qui l'avaient tourmentée tout un temps, fit un voeu à Notre-Dame pour être délivrée de la grêle d'abord et ensuite d'une épidémie qui sévissait à cette époque (dyssen- terie). Le succès fut complet. Il y a donc, le 8 septembre, première messe de communion, grand'messe plus tard, vêpres, sermon, procession, salut du Saint-Sacrement et concours du clergé du voisinage ainsi que des populations. (1)

A propos d'épidémie, citons qllelques curieux souvenirs de la peste de 1631 recueillis pour Saint-Basile par M. de Veyrières:

3 novembre 1631, testament dans un bois de Saint-Bauzille de Léonard Mas, atteint de la contagion.

Même date, aux appartenances du village de la Brunie et dans un bois appartenant au notaire Darche, Peyronne Borie, femme d'Antoine Gymel, du village de las Tabardaries, étant en un coin du jardin dudit Gymel et encore en bonne santé mais craignant le mal de la contagion qui est au dit village et même en la maison de son mari, a fait et ordonné son testament.

2 déceznbre 1631, testament d'Antoine Gymel. charpentier du dit lieu de· las Tabardaries. Le dit Antoine, étant au bord du chemin qui va de la Croix de las Chabanes au village de las Tabardaries ou de la Brunie, appuyé contre un petit arbre chêne et assisté de Marguerite de Gymel, sa fille, a dit être malade de la maladie contagieuse.

16 décembre 1631, au tènement del Luc Croge, lès le village de las Tabardaries, à Saint-Bauzille, testament de Marguerite de Gymel, fille de feu Antoine, du dit village, malade de la maladie contagieuse, ainsi qu'elle a dit.

Voici les curés en petit nombre que je connais pour Saint-Basile de Meyssac: 1468, Jean del Luc; 1658, Jean Parjadix; 1667, Jean Arrondeau, qui eut longue durée; 1701, lean Delfau; 1734,N. Ber; 1744, Jean-François de Gilibert, chanoine de Noailles et chapelain de Lissac; 1773, N. de Masset de la Cour; 1774, Jean Chaumont; après la Révolution, suppression du titre et service par Saint-Julien-Monmont; 1828, rétablissement de la paroisse et nomination de M. Jean Durie; puis vers 1830, Jean Jougounoux; 1863, Gabriel Planet; 1865, Antoine Rigal; 1867, Siméon Pasquet; 1881, Maurice Soulier; 1889, Etienne Monmont.

Saint-Beausire dans la première moitié du XVIIIè siècle appartenait aux d'Aubery de Saint-Julien (près Monmont) et dépendait de la châtellenie de Turenne, mais non comme membre, pour 8 villages et 168 feux. Les d'Aubery eurent pour héritiers les Lasteyrie; mais Paul-Gui de Gimel, seigneur de Tudeil et général, se qualifiait vers la Réwolution seigneur de Saint-Basile.

Les villages de la paroisse sont: la Baylesse, Bellevue, le vieux Bourg ou Saint-Basile, la Brousse, Ia Brunie, le Chassaing, la Coste, connue dès le XIè siècle par des dons à l'abbaye de Beaulieu comme Longueville, devenu chef-lieu, les lieux disparus de Fleix et de Vieille- vigne, et d'autres villages encore existants; les Escures, la Font del Mas, Fonterna, la Gardelle, la Geneste, Gimel, où repaireappartenant à la famille Dulmet, qui m'a donné d'utiles renseignements et dont la branche aînée, anoblie au XVllè siècle, eut la seigneurie de Blanat dans le haut du Quercy; Guiral, Ia Grenaille, Ie Luc, appelé aujourd'hui le Duc, ayant eu jadis petit castel; le Perat, Ie Puy-Chaurat, le Rocblanc, Roubergeon, la Sarre, le Saule, le Touron, le Verdier, les Vignes.

Tous ces villages, plus ou moins, récoltaient autrefois un vin apprécié au pays. L'auteur d'un éloge de la province écrit en latin au XVIIIè siècle, le place après celui du Saillant et en vante le bien pour la santé en même temps que la bonté pour le goût: Testes appello... et vos à Sancto Basilio vina quoe non minorem in polu suavitatem quàm ab haustu salubritatem relintquitis. Labrunie est la patrie du conventionnel régicide Jean Borie, dit Camberd, mort en Suisse et dans le repentir. Bien que son nom appartienne à l'histoire et que l'histoire ait le droit d'exercer sur lui toutes ses sévérités, je ne veux en dire ici qu un mot: c'était l'oncle du Bienheureux martyr Borie. Estimons que le sang a effacé le sang. Un prêtre, son frère, fut confesseur de la foi pendant les mauvais jours, et sa descendance est aujourd'hui l'une des plus chrétiennes, des plus pieuses même du diocèse.